samedi 6 janvier 2007
Evo Morales par Gérard Filoche
Je me suis rendu à la maison de l’Amérique latine, hier soir, vers 18 h pour saluer le nouveau Président bolivien. Quelle difficulté pour rentrer ! Il y avait bien trois à quatre cent personnes que ne pouvaient contenir les petits salons existants. Evo dut parler en haut, devant une nuée de photographes et de journalistes, d’amis aussi, tandis qu’en bas, des écrans avec rétro-projecteurs, étaient aménagés dans trois salles où la foule s’entassait, attentive.
Le militant président Evo Morales s’est présenté de façon simple et souriante, décontractée, en manche de chemise courte, refusant de parler de la tribune un peu « officielle » qui avait été aménagée. Il a tenu un discours sans emphase, sur un ton de camaraderie, sans manquer d’humour : notamment pour se défendre de toutes ces attaques d’ignorants ou de malfaisants qui circulent partout sur la production et la vente de la « coca ».
Il a parlé de tout : de la démocratie, du syndicalisme, de sa victoire électorale, d’une assemblée constituante, d’une autre fiscalité, des droits des indiens, de la nationalisation du gaz et des réserves naturelles, de ses alliés en Amérique latine (Hugo Chavez, Fidel Castro), de ses démarches internationales, il a dénoncé Bush et ses alliés, véritable axe du mal,... Cela a duré trois quarts d’heure environ avant qu’il ne cède aux exigences des photographes et ne serre les mains de ceux qui étaient venus le soutenir (en grande partie des « latino » de Paris), mais aussi quelques militants français qui, c’est la moindre des choses, peuvent comprendre l’importance historique de sa victoire et toutes les conséquences sur la situation en Amérique latine.
L’ensemble de la gauche française devrait soutenir la dynamique de la victoire obtenue par le Mas bolivien et ses alliés et ne pas regretter la « grande coalition droite-gauche » battue après avoir fait tirer à la mitrailleuse lourde en octobre 2003 contre les manifestants paysans et après avoir tout fait pour les empêcher d’imposer la nationalisation du gaz bolivien. C’est la première fois en 200 ans qu’un indien l’emporte en Bolivie contre la minorité blanche qui ne représente que 20 % du pays et l’a toujours dirigé, de coups d’état en coups d’état, de trahisons en massacres. La victoire du Mas et de ses alliés, est une victoire de l’alter-mondialisation, un exemple qui demande a être soutenu, suivi, aidé car il va se heurter à d’immenses réactions, d’immenses menaces des puissances financières mondiales.
Ajoutons qu’un pays qui nationalise le gaz cela ne peut faire que du bien dans un pays comme la France ou des dogmatiques intégristes libéraux le privatisent stupidement. Que la récente crise du gaz entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe, fait penser plus que jamais que les ressources énergétiques ne doivent pas être laissées aux privés, aux actionnaires, aux turpitudes du marché, c’est une question vitale.
Gérard Filoche, samedi 7 janvier 2006
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